Réflexion d’Henri THIELGES

01/01/22

QUel 

 

« Mes compétences en tant que médiateur familial visent à tout mettre en œuvre pour proposer aux personnes un nouvel espace qui leur permettra de construire une autre réalité où chacun pourra retrouver les conditions d’un dialogue, les conditions d’un respect mutuel, les conditions pour un rétablissement des fonctions (rôle et place). Ma priorité n’est pas de résoudre le conflit, mais de bien repérer les effets de ce conflit dans ce qu’il empêche et dans ce qu’il permet. C’est la dimension relationnelle du conflit qui est prioritaire. Donc ce qui guide mon action est autant l’expression des désaccords que l’aboutissement des accords. L’entrée ou non dans le processus de médiation est une étape dans le cycle de vie et dans l’histoire d’un couple, d’une famille. Toute médiation n’aboutissant pas forcément à un accord, n’est pas pour autant un échec. La ponctuation liée au processus peut prendre sens pour chacun même si la médiation n’a pas pu aboutir. Elle peut être un repère, un tremplin, une question dans l’histoire de vie de chacun et provoquer du changement.» Henri THIELGES mai 2006.

 

« La vie est trop courte pour mépriser une aide, aussi petite soit-elle que l’on peut donner ou recevoir. » André Comte-Sponville.

 

Le processus : définition.

Consensus mou…

L’idée de cet article est peut être de pouvoir échanger sur le vécu même des séances de médiation. Le temps de la médiation est un temps de « vie. »

C’est peut-être une des résultantes de ce principe de neutralité annoncé dans la présentation de la médiation familiale.

Nous pensons qu’il est de plus en plus discutable au fur et à mesure de la pratique. Que le médiateur n’ait pas d’objectifs pour les personnes, dans le sens de dérouler un protocole applicable à tous paraît évident et clair pour tout le monde. On est bien dans une démarche de co-construction avec les personnes d’un « sur mesure » et « non d’un prêt à porter » pour reprendre les propos de Marc JUSTON (La Réunion nov. 2009). Le médiateur doit avoir un objectif prioritaire, c’est de tout mettre en œuvre et ce dès le premier contact pour permettre aux personnes de comprendre et de s’approprier la démarche de médiation.

Le médiateur est très impliqué dans le processus. Il intervient dans le processus, il agit donc sur lui. Son intervention peut modifier le cours d’un processus.

Il a le pouvoir d’accueillir, de faciliter, d’alimenter, d’orienter, de pacifier, de recadrer, de reformuler, de redéfinir, d’interroger, d’interrompre, de suspendre Il n’a cependant aucun pouvoir sur les personnes.

Il a des objectifs :

-de recentrer les personnes sur les finalités d’une famille même dans les situations de séparation (« on reste une famille »), qui sont de tout mettre en œuvre pour préserver le bien être et l’intérêt de chacun des membres, notamment des enfants.

-de faciliter et permettre la reprise du dialogue, de leur communication.

-d’aider à clarifier les rôles et les places de chacun

-de leur permettre de redéfinir leur relation dans le cadre de valeurs comme le respect, la reconnaissance, les compétences….

-de leur permettre de trouver leurs propres solutions aux différends ou problèmes qui se posent. (En tenant compte des besoins et intérêts de chacun et notamment des enfants).

-d’aider les couples qui se séparent à « déconstruire avant de reconstruire, de purger les conflits du passé pour envisager le plus sereinement possible l’aménagement de l’avenir. »JUSTON 2010.

C’est cette implication qui a amené la professionnalisation et la reconnaissance de ce métier, par une formation longue sanctionnée par un diplôme d’état. C’est encore au nom de cette implication qu’il va s’inscrire tout au long de sa carrière dans une démarche de formation complémentaire, d’analyse de pratique et de supervision.

Le médiateur utilise des techniques et des outils, sa démarche est active, il accueille les personnes, il pose le cadre de la médiation, il identifie les problèmes, les redéfinit en objectifs de travail. Il se doit d’être garant d’un cadre suffisamment contenant, structurant, rassurant. (Catherine GASSEAU juin 2010 « revue de la FENAMEF »).

Le médiateur propose aux personnes dans le cadre d’un « contrat de médiation », oral ou écrit des règles de communication, de respect mutuel, d’équité, de transparence, de confidentialité, d’impartialité. Il cherche à faciliter pour les personnes un engagement réel dans une démarche qu’ils doivent s’approprier le plus rapidement possible.

« Il instaure d’emblée les meilleures conditions possibles pour un vrai dialogue, respectueux de l’autre et sans jugement. »

Rôle et techniques du médiateur : sa responsabilité.

« La responsabilité, n’est pas le contraire de la liberté mais bien sa condition. Je suis libre si je suis responsable. » J.P MUGNIER

Le premier entretien est déterminant.

Le médiateur va tout d’abord chercher à créer un climat où pour la première fois depuis bien longtemps peut être, les personnes pourront prendre le risque de regarder clairement et objectivement leurs actions et eux mêmes.

On pourrait retraduire pour le médiateur familial ce que ROGERS appelle l’un des impératifs de la bonne attitude de l’interviewer.

Ce premier impératif se situe dans l’accueil, ce que Roger MUCCHIELLI, précise sous une autre forme quand il dit : « accueil et non pas initiative ». Il s’agit pour le médiateur d’avoir une attitude de réceptivité, d’accueillance au sens ou l’on reçoit un invité chez soi, où on sait l’inviter à entrer et à se défaire de son manteau protecteur, où on l’invite à entrer d’avantage et à se mettre à l’aise. « Ceci s’oppose à une attitude d’initiative qui met la personne dans l’obligation de répondre aux questions et de réagir. »

Le second impératif est présent lors de ce premier entretien et tout au long du processus de médiation. Il s’agit « d’être centré sur ce qui est vécu par les personnes et non sur les faits qu’ils évoquent. »

Ce vécu c’est la manière dont ils éprouvent les choses, les évènements. Ce premier entretien laisse une place aux faits, aux évènements mais le médiateur va chercher à recentrer sur les personnes, sur ce qu’elles ressentent, sur leurs impressions.

Le médiateur familial sait que la réalité n’existe pas, elle est une construction permanente à partir de ce que chaque personne peut percevoir, ressentir. « Chaque être humain est convaincu que sa construction de la réalité est la réalité réelle. » Paul WATZLAWICK L’invention de la réalité. Le médiateur familial sait que toute certitude de vérité peut bloquer les questions. C’est souvent cette réalité qui fait crise : chacun a sa définition du problème et sa perspective de solution.

Comment aider chacun à réaliser que ce qu’il voit à tel moment n’est en lien qu’avec son regard ? Paule LEBBE-BERRIER.

Il s’agira d’axer l’intervention du médiateur pour donner aux personnes la certitude que le médiateur familial respecte leur manière de voir, de vivre ou de comprendre.

Le médiateur ne fait pas de psychologie, il écoute et comprend. Il recadre. (Définition plus loin)

C’est ce premier contact qui va permettre aux personnes de poser les bases d’une future collaboration. Collaborer dans le sens de travailler ensemble, travailler avec. (Guy AUSLOOS « La compétence des familles » Ed ères.) L’espace de médiation est un espace de travail. Travail dans le sens d’efforts, de souffrance, de déception, d’attentes, d’objectifs. Enfin l’objectif c’est de leur « donner envie » de venir en médiation, sans les aliéner, sans contrainte.

Le processus de médiation peut se concentrer sur le besoin de donner confiance, de réduire les craintes, de mettre les personnes à l’aise et de leur donner l’espoir dans le processus de médiation.

Les personnes viennent à lui parce qu’ils savent qu’il est un « expert ». Le médiateur doit en accepter le titre et être à l’aise dans ce rôle.

C’est l’étape qui permet également aux personnes de se sentir en sécurité dans cet espace. Les personnes pensent et s’imaginent que l’on sait, que tout ce qu’on va dire est vrai et juste.

Cette conviction des familles peut avoir des effets sur le médiateur.

C’est pourquoi le médiateur familial cherchera tout au long du processus à amener les personnes à changer leur regard sur le médiateur et regarder les compétences, les leurs, qu’ils ont su faire émerger dans le cadre de la médiation familiale.

La posture du médiateur ne doit pas l’amener à être dans le discours du savoir, et ainsi laisser les personnes s’engager dans un futur qui ne leur appartiendrait pas, parce qu’ils ne l’ont pas construit eux mêmes.

Son attitude et sa posture s’inscrivent dans le discours du soutien et resitue l’ensemble des acteurs du processus de médiation dans le présent. (L’ici et maintenant). J.P. THOMASSET.

Il doit montrer qu’il peut structurer ses questions afin de permettre aux personnes de trouver les solutions et les leurs aux problèmes qu’ils ont décidé de poser.

Les personnes en situation de médiation peuvent souffrir du « syndrome de fragilité », de la peur de l’inconnu.

Le médiateur familial a le courage de poser les questions et la façon dont il les formule va aider les personnes dans le processus, et ils se sentiront rassurés. Le médiateur pose donc des questions sur ce à quoi les personnes peuvent répondre, de sorte que les personnes doivent rapidement se sentir compétentes et productives.

Le médiateur ne devine pas, il questionne constamment.

Le médiateur n’est pas soupçonneux. Il n’a pas peur que les personnes lui « mentent ». Il sait que les personnes agissent par crainte, et avec un faible niveau d’estime de soi bien souvent lié à leur situation.

Le médiateur familial est dans une démarche de bientraitance.

La bientraitance peut également retenir l’héritage de Carl Rogers et ses enseignements en matière de communication. Quatre dimensions de la communication peuvent en particulier participer à une démarche bientraitante. Elles incarnent les modalités par lesquelles un individu peut éviter de mettre l’autre en accusation à travers sa communication.

La première dimension consiste à observer les faits en évitant les jugements de valeur. La seconde, à reconnaître ses propres sentiments, ce qui permet à l’interlocuteur de trouver plus facilement un espace pour exprimer également les siens. La troisième, d’avoir conscience et d’exprimer ses besoins propres, ce qui facilite également la compréhension des besoins de l’autre.

La quatrième enfin, de savoir formuler sa demande et indiquer à l’autre quelles actions concrètes peuvent contribuer à « mon bien-être ». À travers l’ensemble de ces dimensions, c’est la faculté d’empathie et la posture de « négociation » qui doivent être retenues de la part du professionnel.

Le médiateur a peut-être ce ci en commun avec le thérapeute c’est qu’il montre aux personnes le « jeu » dans lequel ils fonctionnent. C’est cette position Méta qui confirme la neutralité du médiateur.

Le médiateur se rend compte que les gens sont reconnaissants quand on leur dit sans jugement, comment ils se manifestent. Quand il demande et donne des informations il le fait d’une façon naturelle et confiante, sans jugement.

Le processus de médiation permet de conduire à « l’état d’adulte ».

Le médiateur utilise certaines techniques pour restaurer les sentiments de responsabilité des personnes en médiation.

« Un individu doit pouvoir se reconnaître comme auteur de son destin, plutôt que de se croire agi par lui. » J.P.M

Le médiateur aide les personnes à voir comment les modèles du passé ont influencé les attentes et les comportements. Les personnes agissent selon des modèles du passé.

Souvent les personnes ont décidé de faire « couple » pour les qualités dont ils se plaignent aujourd’hui.

Le médiateur est un « marqueur » de rôles et de fonctions. Il reconnaît lui même les rôles en s’adressant à la famille et les nomment.

Il appelle « père » et « mère » ou « papa » et « maman » quand il se réfère à eux en tant que parents, et par leurs prénoms quand il se réfère à eux en tant qu’individu (ou en tant que couple conjugal.)

Le médiateur complète les lacunes dans la communication et donne un sens aux messages.

« Je ne pense pas un seul instant que quiconque, dans ce couple parental, désire faire du mal ou de la peine à l’autre, mais quand vous faîtes l’un ou l’autre, des commentaires, ceux ci semblent toujours sortir sous forme d’accusation ou de reproches. » Virginia SATIR.

Il sépare l’aspect relationnel d’un message de son contenu. Le médiateur sépare les commentaires sur soi des commentaires sur les autres ou sur l’autre. Le médiateur peut attirer l’attention sur les interactions contradictoires ou insatisfaisantes des communications. Le médiateur peut formuler à haute voix des communications non verbales. (Sourires, balancement de la tête, gestes…)

Le médiateur veille à ce que personne ne soit autorisé à parler pour l’autre. Il fixe les règles des interactions. Il rend clair le fait que personne n’a le droit d’interrompre l’autre. Il aide chacun à dire ce qu’il veut dire, de façon à être entendu. Il adresse une question directe à chacun, pour qu’il s’exprime.

Le médiateur annonce que la médiation va tenter de se diriger vers un but concret, celui que les personnes auront pu définir avec son aide et son soutien. Il marque également les limites de ce processus, il se situe dans le temps, au bout de tant d’entretiens avec un minimum, et ce qui pourrait être un maximum. Les personnes ne vont pas entrer dans un processus sans fin.

La médiation familiale est un espace de créativité. Le médiateur doit utiliser tout ce que la famille, le couple lui amène pour faciliter la créativité des personnes.

Il bouge, il se lève, il métaphorise,  …..

Le médiateur familial a une fonction thermostatique.

T°, climat, ambiance, état émotionnel, régulation des t°

Système fermé, ouvert.

Le processus de médiation familiale : des étapes, une « tranche de vie »

 

Le couple conjugal, le couple parental : une question d’appartenance.

 

En 2003, NEUBURGER nous indiquait que la durée moyenne des couples était passée de 9 ans à 3, 4 ans en dix ans.

Le couple c’est une relation entre deux êtres, mais aussi une relation dans le couple en tant que groupe d’appartenance.

La médiation familiale s’inscrit dans un changement au niveau de l’appartenance. L’appartenance est nécessaire pour se sentir reconnu dans un groupe. L’enfant a besoin de sentir « appartenir » à sa famille.

La difficulté étant bien souvent de trouver le « bon réglage » entre un trop plein d’appartenance et pas assez d’appartenance. Dans les deux extrêmes les difficultés se traduiront par des symptomatologies liées au processus de différenciation et d’individuation. (Enchevêtrement, étouffement, dépendance. Le manque de sentiment d’exister est sans doute la définition la plus simple de la dépression.

 

La constitution du couple répond à deux besoins importants. On a besoin de relations et on a besoin d’appartenance. Le couple répond aussi au besoin de reconnaissance. Les personnes vont trouver dans le couple des supports identitaires et d’appartenance.

 

Les conflits dans les situations de séparation ne sont que l’expression de la « perte » de réponse à ces besoins.

 

Le couple est une institution qui se crée elle-même. Comme toute institution celle-ci n’est pas différente des autres. Elle va obéir aux mêmes règles que toute institution :

-un mythe fondateur : c’est une part de rêve. C’est la prédestinée du couple. Le hasard d’une rencontre qui n’est pas un hasard. « On a su la première fois qu’on s’est rencontré que l’on était fait l’un pour l’autre. » Ce mythe est un véritable contenant imaginaire. C’est ce qui préserve le sentiment d’appartenance. Au-delà de la croyance, il est la norme. Chaque membre du couple va être « aliéné » à ce mythe sans quoi il ne peut y avoir d’appartenance. Ce minimum d’aliénation nous permet de participer aux rituels. Tant que les membres du couple croient au mythe, ils peuvent traverser un certain nombre d’épreuves.

 

-le couple va créer une différence entre l’intérieur et l’extérieur. Il n’y a pas d’identité sans différence. « On a besoin de différence, mais trop de différences ne permettent pas la reconnaissance. »

 

-chaque couple va « inventer » ses propres valeurs qui sont des signifiants. Il s’imagine qu’il est différent des autres. Il est unique. Les valeurs mythiques comme la fidélité vont augmenter l’exclusivité et la confiance. Le couple peut aller jusqu’à revendiquer l’exclusivité des organes sexuels. Ils appartiennent au couple. Les rapports hommes femmes sont les piliers du couple.

 

-le couple va également trouver, inventer ses propres rituels. Ceux-ci sont fondateurs au même titre que le mythe. Ils servent à montrer l’appartenance au couple. Ils sont bien souvent analogiques (Saint Valentin, anniversaire de mariage, la façon de se saluer, « on ne se quitte pas s’en s’embrasser…) et sont destinés au couple pas à l’extérieur.

 

-le couple se doit aussi d’être en relation avec l’extérieur. Il doit exister pour l’environnement. Il doit se faire connaître dans son contexte auquel il doit être conforme pour être reconnu. Un couple qui ne serait pas en relation avec le monde extérieur serait sectaire.

 

-dans le couple les rôles sont partagés. On fait connaître ce partage à l’intérieur et à l’extérieur du couple.

 

-un couple doit avoir en permanence de nouveaux défis, de nouveaux projets. C’est dangereux pour un couple quand il a réalisé tous ces objectifs.

 

Etre « en » couple ou être « un » couple c’est aller au-delà des relations interpersonnelles, c’est définir un mode relation à l’intérieur du « groupe » (le couple) par rapport à l’appartenance.

 

Le couple conjugal va décider de rajouter au mythe, aux rituels tout ce qui concerne le couple parental. Ce couple parental est issu du conjugal. Le besoin d’appartenance trouvera ses réponses dans les valeurs, la transmission, les règles du bien vivre ensemble et les finalités de la famille qui sont de tout mettre en œuvre pour permettre le bien être de chacun de ses membres.

La encore le bon réglage entre trop plein d’appartenance qui peut générer des souffrances et pas assez d’appartenance où les sentiments d’isolement, et de solitude dominent et n’aideront pas les enfants dans leur processus d’autonomie à quitter la famille.

L’indépendance dans le sens décider par soi-même et l’autonomie faire par soi même sont deux stades ou étapes nécessaires pour le processus d’individuation et de différenciation.

 

On se rend compte que l’on a besoin de plusieurs types d’appartenance : amoureuses, parentales, fraternelles… Ces appartenances ne sont pas remplaçables et les mythes de transmission dans la famille, le mythe de partage, le mythe de la sexualité (qui appartient au couple) vont les préserver.

 

La crise, la séparation.

Le conflit et sa fonction.

 

L’APMF lors du colloque pour ses 20 ans  a permis plusieurs interventions sur le thème du conflit.

Justin Lévesque avait titré son intervention « le conflit, résistance ou levier de changement en médiation familiale » lors d’une plénière dont le thème portait sur la fonction du conflit dans le couple.

Son allocution débute par une métaphore de Costantino et Sickles Merchant :  « le conflit c’est comme l’eau : une trop grande quantité cause des dommages aux individus et aux propriétés : une trop faible quantité produit un paysage sec, désert, sans vie et sans couleur. Nous avons besoin d’eau pour survivre ; nous avons besoin d’un certain niveau de conflit pour nous épanouir et grandir. »

Il pose l’hypothèse importante que les conflits ont une fonction constructive et « sont une occasion de réfléchir sur notre vie et sur nos modes d’interaction. »

La médiation familiale intervient dans la grande majorité des cas quand les couples sont en cours de séparation, ont décidé de se séparer ou sont séparés depuis quelque temps.

Cette décision de la rupture peut intervenir au bout de plusieurs années de vie commune. C’est la fin d’un bout d’histoire, la fin d’un rêve. La décision est souvent unilatérale, l’un des deux partenaires a pris le temps de réfléchir à sa situation, sans indiquer à son conjoint l’état de ses réflexions, et annonce un jour sa décision d’abandonner, de démissionner. L’autre subit bien souvent ce choix, cette annonce il se sent abandonné, il ne comprend pas, il s’accroche.

Le temps n’est déjà plus le même pour chacun des acteurs du couple, l’un prend ses distances et se prépare et l’autre va chercher par tous les moyens à se rapprocher, il veut comprendre, mais surtout veut rattraper, réparer.

Les partenaires ne sont pas sur la même planète, ils sont dans un temps différent, dans des sentiments différents, dans des attentes différentes. L’incompréhension, les mal dits, mal entendus, la frustration, l’insécurité liée à cette nouvelle expérience fait naître et renforce les sentiments de méfiance, de perte de confiance, de colère.

Chacun des acteurs est à un niveau différent du processus de deuil.

Les besoins de chacun vont être différents et le conflit va permettre l’expression de ces différents besoins à condition de mettre en place le décodeur et transcripteur de l’espace de médiation familiale.

Le décodeur est programmé avec des sentiments « normaux » liés au contexte de la séparation : culpabilité, angoisse, colère, agressivité, désir de vengeance, vouloir faire payer à l’autre.

Ils vivent une nouvelle expérience celle de la séparation. Chacun va développer ses propres stratégies d’adaptation à cette nouvelle situation.

Le processus de deuil déni, colère, marchandage, dépression et acceptation est en route et chacun va vivre ces différentes étapes du processus avec douleur et souffrance dans un temps différent pour chacun.

La médiation familiale c’est nommer, partager et se servir de ces sentiments et émotions. Ils sont légitimes, il faut les reconnaître.

La médiation familiale ne doit pas avoir une fonction anesthésiante. La médiation ce n’est pas l’évitement du conflit, ce n’est pas l’apaisement à tout prix. La médiation familiale ce n’est pas « faire l’impasse sur le conflit et l’économie de la confrontation, et à sa liberté. » C. de GAULEJAC.

La médiation familiale n’est pas une « baguette magique » qui agirait seule et résoudrait tous les conflits.

Se séparer est une crise. C’est du changement. Certains ont tenté de trouver leurs propres solutions pour faire face à la crise. D’autres ont fait le choix de la séparation, celle ci est envisagée comme une solution à la crise. La séparation n’est pas le problème, elle pose problème, c’est aussi une solution au problème que traverse le couple.

Les personnes arrivent en médiation avec des reproches, des critiques qui semblent remettre en cause toute l’histoire qu’ils ont construites. Il est difficile pour les personnes de reconnaître chez l’autre les qualités et ce qui a plu.  Pour ces mêmes personnes le couple n’a plus d’existence propre. Elles ne se reconnaissent plus et rejettent les éléments qui ont permis l’appartenance. Ils sont dans le déni, voir la colère de ce qui a pu être, de ce qui a été. C’est paradoxalement une manière de retarder l’acceptation de la séparation. Le problème vient de l’autre et chacun en est persuadé.

Une des erreurs fréquemment commises en médiation serait de les « obliger » dans les premiers entretiens de reparler de l’histoire du couple, comme si fallait qu’ils reconnaissent et acceptent que l’autre a été quelqu’un de bien, celui dont on est tombé amoureux.

En situation de conflit, lié à la séparation faire cette démarche avec les personnes trop tôt dans le processus peut laisser entendre que la médiation est une manière de ne pas respecter la décision qu’ils ont prise.

Cette démarche pourra se faire plus tard, avec l’accord des personnes dans le cadre d’une de leur demande ou dans une démarche de recadrage.

La fonction première du conflit c’est de légitimer leur histoire, elle a été importante, vécue intensément c’est pour cela que se séparer est aussi difficile.

Les personnes en médiation pourraient revendiquer « laissez nous nos conflits, leurs intensités témoignent de l’importance pour chacun d’entre nous de notre histoire !!!! »

C’est pour cela que certains conflits n’ont pas d’autres fonctions que de maintenir la relation, être en conflit c’est ne pas se séparer. Le conflit alimente la relation, la préserve. Peu importe le prix à payer en termes d’énergies, de souffrances, d’expression de sentiments négatifs.

Certaines violences ont cette même fonction de maintenir le couple. La violence est inscrite comme un mode de relation.

La médiation doit prendre en compte tous les aspects du conflit, et il va s’agir de découvrir avec les personnes que certains conflits peuvent empêcher le processus de médiation et certains au contraire vont le permettre.

Le conflit s’inscrit dans une crise, la crise en termes de transition, de changement. « Un moment où des changements sont en train de se produire. » AUSLOOS.

Le conflit n’est pas le problème, l’expression du conflit pose un problème, mais n’est pas non plus le problème. Le problème c’est la question des besoins de chacun pour lesquels la situation actuelle ne permet pas de trouver les bonnes réponses.  C’est le changement qui révèle les besoins de chacun. C’est pour cela que le changement ne se décrète pas, il s’accompagne.

La médiation n’est pas un processus qui doit faire regarder les personnes vers le « comme avant », il s’agit de construire un nouveau « comme après ». Ce processus s’inscrit dans la préparation d’une nouvelle organisation de vie qui intervient à un moment où les personnes sont le plus fragilisées. Chacun trouvera ses propres solutions pour faire face à cette situation de faiblesse. (Agressivité, dépression, violence…)

Chacun a déjà construit sa réalité des compétences, de l’image, voire même de l’identité de l’autre dans ce qui a été vécu avant. « Je le connais !!! il est comme cela ! Je la connais elle ne fera jamais… !!!! ».

Dans le conflit on exprime son besoin de reconnaissance, son besoin d’exister. L’expression de certains besoins à travers le conflit « touche » à l’identité. C’est pour cela que les attaques identitaires génèrent énormément de souffrance.

Cette vision positive du conflit est nécessaire pour le médiateur familial. Le conflit c’est une nouvelle manière de définir la relation. Le médiateur ne va pas chercher à regarder l’un et l’autre. Il n’est pas dans une logique linéaire, il regarde la relation. Il est dans une logique circulaire.

Maintenir le conflit, c’est aussi penser ou (panser) les choses en termes de solutions d’adaptation à un contexte ou l’histoire du couple conjugal a laissé pour les deux ou pour l’une des personnes place à des « blessures » qui ne doivent pas se cicatriser aussi rapidement. « Cela fait encore mal, et j’ai besoin de le dire à ma manière ». « J’ai besoin qu’il (elle) entende », « j’ai besoin qu’il (elle) reconnaisse », « j’ai besoin qu’il me reconnaisse »

 

Le conflit c’est au-delà de la panne du couple dans les situations de séparation. Les personnes arrivent en médiation avec une image auto dépréciative du couple. Ils sont méfiants, négatifs, chargés d’émotions, les liens affectifs sont coupés.

 

 

La médiation familiale : une étape dans le cycle de vie du couple et de la famille

 

La médiation familiale participe t’elle a re-créer un « autre » mythe et de nouveaux rituels pour une « nouvelle appartenance » au couple parental.

 

Quel serait le contenu du « pot commun fondateur du couple parental » ?

L’histoire du couple et de la famille font partie intégrante de ce pot, avec ce que chacun va pouvoir en garder et s’en servir.

La question des sentiments est souvent présente dans les entretiens de médiation. Ceci dans l’expression des conflits, dans ce qui peut empêcher la démarche de médiation, ou la recherche d’accords.

« Depuis que nous savons l’un et l’autre que nous ne nous aimons plus, on réussit à être parents. » Pour ce couple parental le sentiment amoureux s’il existait encore pourrait il être un frein à l’exercice de la parentalité ? Pour compléter ces propos on pourrait poser comme principe que les sentiments négatifs ou le sentiment amoureux pourraient empêcher le fait d’être des parents respectueux l’un de l’autre, complémentaires.

Dans ce pot commun fondateur du couple parental, le premier élément va être la représentation pour chacun de ce qu’est l’autorité parentale conjointe.

Ce que chacun en connait, la pratique pour chacun de cette autorité parentale et l’exercice de cette autorité parentale. Au delà d’un concept inscrit dans la loi, c’est une définition qui participe à la clarification des rôles et place de chacun.

Dans ce « pot commun fondateur » du couple parental, les parents vont y mettre, des règles, des principes, des valeurs.

Le quotidien des enfants, la manière de considérer les activités des enfants, les fêtes et les anniversaires, la place des ascendants. Le rythme de l’enfant, ses besoins et notre manière de les considérer et surtout notre volonté de trouver ensemble les solutions pour y répondre.

Les rites de « passage » des enfants.

Les rites d’échanges d’informations.

Les rites concernant certaines grandes fêtes. (noël, anniversaire,…).

 

 

Comment l’enfant peut il échapper à l’appartenance à un des parents pour qu’il retrouve une appartenance nécessaire à une famille et un couple parental ?

 

Sur quel mythe et quels rituels l’enfant va-t-il pouvoir puiser pour répondre à son/ses besoins d’appartenance à sa famille ?

Comment les parents vont-ils construire les rites qui vont permettre aux enfants d’avoir confiance en leurs parents qui eux-mêmes pris séparément ne se font plus confiance ?

Comment les parents vont-ils mettre en place ces rites qui permettront aux enfants de ne pas faire disparaître le mot « parent »de leur vocabulaire ?

Pour les enfants dont les parents se séparent, il est de plus en plus difficile de prononcer le mot parent, principalement quand ceux si sont dans la rupture de dialogue, de communication, dans le conflit….

Les mots « mes parents » pourraient encore leur permettre de sentir et d’être dans l’appartenance à leur famille.

L’appartenance à un seul des parents pourrait faire courir à l’enfant un risque d’aliénation.

On a régulièrement dans le cadre des entretiens des éléments, des faits qui paraissent anodins, mais qui sèment les prémisses d’une manipulation des enfants et donc le syndrome d’aliénation parentale.

« L’aliénation parentale est un processus qui consiste à programmer un enfant pour qu’il haïsse un de ses parents sans que ce ne soit justifié. Lorsque le syndrome est présent, l’enfant apporte sa propre contribution à la campagne de dénigrement du parent aliéné. (GARDNER2 et GARDNER3, §1) »

Les effets chez l’enfant victime du syndrome d’aliénation parentale peuvent être une dépression chronique, une incapacité à fonctionner dans un cadre psychosocial normal, des troubles d’identité et d’image, du désespoir, un sentiment incontrôlable de culpabilité, un sentiment d’isolement, des comportements hostiles, un manque d’organisation, un dédoublement de personnalité et parfois, le suicide.

 

 

Les comportements classiques d’un parent aliénant

 

1 Refuser de passer les communications téléphoniques aux enfants.
2 Planifier toutes sortes d’activités avec les enfants durant la période où l’autre parent doit normalement exercer son droit de visite.
3 Présenter le nouveau conjoint aux enfants comme leur nouvelle mère ou leur nouveau père.
4 Intercepter le courrier et les paquets envoyés aux enfants.
5 Dévaloriser et injurier l’autre parent en présence des enfants.
6 Refuser d’informer l’autre parent au sujet des activités dans lesquelles les enfants sont impliqués (match de sports, représentation théâtrale, activités scolaires…)
7 Parler d’une manière désobligeante du nouveau conjoint de l’autre parent.
8 Empêcher l’autre parent d’exercer son droit de visite.
9 « Oublier » de prévenir l’autre parent des rendez-vous importants (dentiste, médecin, psychologue…)
10 Impliquer son entourage (sa mère, son nouveau conjoint…) dans le lavage de cerveau des enfants.
11 Prendre d’importantes décisions concernant les enfants sans consulter l’autre parent (choix de la religion, choix de l’école)
12 Empêcher l’autre parent d’avoir accès aux dossiers scolaire et/ou médical des enfants

 

Quel médiateur n’a pas eu au moins une fois un de ses éléments voire plusieurs dans le cadre de médiation ?

La médiation familiale pourrait elle permettre à condition d’être introduite le plus tôt possible dans le processus de séparation, une des actions préventives de ce risque ?

 

Quelques outils et techniques utilisés lors des séances

 

La carte familiale : c’est un schéma, un dessin agrémenté de symboles significatifs (le cercle pour les femmes, la ligne continue qui signifie le mariage (…). La carte familiale fait apparaître la composition de la famille et les personnes importantes de l’environnement (celles qui « jouent » un rôle significatif), ainsi que les liens et les relations qui les unissent. Certains éléments importants ou événement de la vie apparaissent également en fonction de l’impact qu’ils ont ou ont eu dans la situation familiale et lorsqu’ils sont nommés comme primordiaux par les personnes elles-mêmes. Les personnes, lorsqu’elles voient leur situation ainsi schématisée, peuvent prendre du recul par rapport à ce qu’elles vivent et ainsi prendre conscience de certains aspects de leur situation.

Le recadrage : le médiateur est avant tout garant du cadre de la médiation familiale. Il précise, selon les besoins, dans quel cadre les personnes sont, les engagements qu’elles ont pris (notamment les règles de non agression de l’autre et de respect), les limites de son intervention et de la Médiation Familiale (la Médiation Familiale n’est ni une thérapie, ni un lieu d’arbitrage, de suivi social ou de conseil conjugal). Le recadrage est aussi une technique qui consiste à replacer une affirmation dans un autre contexte de manière à ce que la personne ait une vision de la situation sous un autre angle.  « Recadrer signifie modifier le contexte conceptuel et/ou émotionnel d’une situation ou le point de vue selon lequel elle est vécue en la plaçant dans un autre cadre qui correspond aussi bien, sinon mieux aux « faits » de cette situation dont le sens, par conséquent, change complètement. »WATZLAWICK dans Changements paradoxes et psychothérapie.

Le recadrage est donc tout ce qui modifie pour une personne ou une famille son modèle de représentation de la réalité.

Le recadrage doit s’imprégner de la vision du monde de celui qui vient en médiation, dans sa logique interne et sa manière de comprendre les choses.

Un recadrage ne fonctionne que s’il tient compte des raisons, des attentes, des opinions, des hypothèses de celui dont on doit modifier le problème et s’il est non contradictoire avec la vision du monde de la personne.

Le recadrage n’est pas une remise en cause du monde du client, mais plutôt une modification du sens donné à une situation et non des éléments concrets qui la composent.

Le principe même du recadrage consiste à susciter du doute chez l’autre.

« Il n’est pas de changement, sans changement de point de vue. » Le recadrage sert donc à modifier les représentations et transformer le point de vue de la personne sur sa situation, pour lui permettre de mettre en œuvre d’autres comportements, l’aider à abandonner des efforts stériles.

La perspective du recadrage reste systémique.

Le médiateur familial va utiliser le recadre sous la forme d’un ensemble de questions et de réflexions qui vont activer une dynamique d’élaboration d’une nouvelle réalité perçue se faisant en coconstruction avec le médiateur. (MONROY).

Le temps d’expérimentation de nouvelles actions peut permettre de changer le point de vue de l’autre et même de soi. Le temps d’expérimentation en médiation familiale d’option participe à ce recadrage.

Les termes dans lesquels les personnes interprètent le conflit sont ceux là mêmes qui ne sauraient servir à le résoudre, et il est donc nécessaire d’opérer un changement de point de vue pour ouvrir l’espace des possibles.

Il n’en a pas toujours été ainsi :

Ce qui est vécu ici et maintenant en termes de souffrances, de préoccupations, d’envie de revanche, de peurs, d’angoisses, de perturbations physiques et psychologiques, peut amener les personnes à oublier qu’il n’en a pas toujours été ainsi. Le temps apparait figé. « Tout semble bloqué ».

On sait que dans bien des situations, avant d’assister à une dégradation, les relations ont pu être meilleures, et qu’il existe beaucoup de situations dans les quelles les relations entre de futurs ennemis ont été très fortes et positives.

Le vécu présent provoque une difficulté à se remémorer un autre passé, et donc autant de mal à imaginer un autre futur pour la situation. La vision est figée, le temps est figé, l’évolution semble impossible.

Le paper-board : C’est la retranscription imagée du couple, de la famille, de leur histoire sous contrôle des personnes présentes. C’est l’outil qui crée du mouvement dans l’espace de médiation. Les conflits figent le temps, les personnes. Le médiateur bouge dans un contexte lourd et figé.

il présente l’avantage de laisser une trace écrite ce qui permet aux personnes de visualiser leur situation ou les points qu’elles souhaitent aborder. L’écrit permet de poser un discours, de pouvoir y réfléchir et de prendre un certain recul. Le document produit peut être conservé entre les entretiens de manière à pouvoir s’y référer selon les besoins lors des rencontres suivantes.

La synthèse : elle permet de marquer la fin de la séance ou d’une étape avant de passer à la suivante. Il s’agit d’un résumé au cours duquel on met en valeur les idées, les décisions ou les contradictions essentielles de la discussion ou du travail en cours. Elle est souvent connotée positivement, ce qui permet à la fois aux personnes de prendre conscience du chemin parcouru, de la démarche responsable qu’elles ont engagée et de les encourager à la poursuivre.

L’une des réponses que j’ai pu trouver réside dans les effets de l’écoute empathique. En effet Carl Rogers a pu dire que « Lorsque quelqu’un vous entend vraiment sans vous juger, sans essayer de vous mettre dans un moule, cela fait un bien incroyable… A partir du moment où j’ai été écouté et entendu, je parviens à percevoir mon univers sous un jour nouveau et à aller de l’avant. Il est étonnant de voir à quel point tout ce qui semblait insoluble trouve une issue dès lors que quelqu’un écoute. A quel point ce qui semblait irrémédiablement confus se dénoue de façon relativement claire lorsqu’on est entendu ».

La technique utilisée pour identifier les besoins et intérêts des personnes passe par des questions ouvertes du type : « Qu’est-ce qui est important pour vous ? Pouvez-vous m’aider à comprendre pourquoi ceci est important ? De quoi avez-vous besoin ? Pensez-vous qu’il y a quelque chose que l’autre partie ne comprend pas de votre situation ? »

La reformulation : c’est une technique fréquemment utilisée par le Médiateur Familial, tout au long du processus. La reformulation consiste à redire complètement ou partiellement ce qui a été exprimé par une personne en utilisant des termes neutres (dénués de jugement) et accessibles. Elle permet aux personnes de savoir que leur discours a été entendu et compris. La reformulation permet souvent d’avoir des informations nouvelles : la personne va plus loin dans son raisonnement en ajoutant de nouveaux éléments.

Elle peut être utilisée d’une autre manière, notamment en demandant à l’une des parties de reformuler ce que dit l’autre et inversement. Cela permet dans ce cadre, que les personnes s’aperçoivent que l’autre personne à bien compris et qu’elle a accès aux pensées de l’autre.

Le « commérage » C’est une discussion entre médiateur devant les personnes. Le contenu du message est une information transmise au couple de manière indirecte, un méta message qui permet aux personnes d’avoir accès à une nouvelle information sur la situation, qui permet au médiateur de reprendre le pilotage de l’entretien.

Cette technique intervient souvent quand les personnes partent dans des monologues respectifs, ne s’écoutent plus et n’entendent plus. Les personnes finissent généralement par prendre conscience que l’on parle d’eux et s’intéresse au discours échangé par les médiateurs.

Le contrat de médiation : définit le cadre de la médiation et les règles pour chacun en matière de communication. Il indique les sujets qui seront abordés dans ce cadre. Le contrat de médiation fait apparaître l’engagement des personnes dans le processus de médiation ; il est signé par les personnes et le médiateur au cours du premier ou du deuxième entretien. Cet écrit à son importance car il signifie notamment le désir de chacun d’engager le dialogue et la volonté de mettre fin aux hostilités.

 

Troisième étape : Brainstorming – Créativité – Comment ?

 

  • Les possibilités, les options possibles
  • L’expérimentation

Au cours de cette étape les personnes vont pouvoir établir quelles sont les potentielles solutions face à leur difficulté actuelle. Elles réalisent « une pluie d’idées », c’est-à-dire qu’elles nomment toutes les réponses possibles et inimaginables (même celles leur semblant les plus fantaisistes) en réponse à leur différend. Le médiateur contribue à la recherche d’éventualités par le biais de questions ouvertes du type « Qu’est-ce qui pourrait vous satisfaire ? », « Que pouvez-vous faire pour résoudre cette question ? », « Que pourriez-vous essayer d’autre ? » « Qu’est-ce qui pourrait améliorer cette idée, à votre point de vue ? » (…)

Suite à ce « brainstorming », les personnes choisissent, après discussion et sélection en fonction des besoins de chacun, certaines de ces options et décident de les expérimenter concrètement sur un temps donné. Il s’agit notamment des modalités d’accueil des enfants ou de la manière dont ils vont communiquer en dehors des entretiens de médiation. Le médiateur teste la réalité des possibles, la faisabilité dans le concret, en posant des questions ouvertes du type : « quels problèmes voyez-vous pour mettre en œuvre cette idée ? », « si vous êtes d’accord avec cette solution et qu’il se passe tel truc, que se passerait-il ? »

Les expérimentations sont des tentatives de mises en application de leurs propositions. Après un délai défini entre eux, les personnes peuvent faire l’analyse des essais mis en place. Cette évaluation leur permet de percevoir si leurs choix correspondent réellement aux besoins de chacun et notamment si elles sont dans l’intérêt de leur enfant ou si au contraire des ajustements sont nécessaires. Chaque point défini dans le cadre du « contrat de médiation » fait l’objet de cette expérimentation puis de son évaluation. Chaque point est ensuite repris au cours des entretiens. Si son expérimentation est satisfaisante pour tous, il peut être considéré comme un point d’accord. A ce moment, un autre point peut être abordé.

Selon les besoins et pour permettre une meilleure visibilité par les parties des tenants et aboutissants des points à traiter, elles peuvent faire appel à des tiers, tels que les notaires, les avocats (afin de connaître leurs droits), les agences immobilières, demander à ce que les enfants soient reçus par le médiateur….

 

Quelques outils et techniques utilisés lors des séances

 

Le Caucus : le médiateur reçoit les personnes séparément, avec l’accord de l’autre. Cette technique est utilisée de manière très ponctuelle, lors d’une situation de blocage notamment.

La confrontation : elle a pour but « d’interroger les dires d’une personne lorsque le discours est ambigu, contradictoire ou incongru. Elle amène la personne à se remettre en question à propos d’une de ses émotions ou d’une de ses façons d’agir ou de penser »[1]

Sortir de la routine : par la mise en scène, le fait de sortir de la pièce, se lever (…), selon la créativité de l’intervenant, le médiateur amène une dynamique nouvelle qui interpelle les médieurs, voir les surprend. Cette technique leur permet notamment à se décentrer et à réinvestir le moment présent.

La notion de temps fait partie intégrante du processus. Comme le souligne Guy Ausloos « pour changer, il faut avoir du temps »[2] et l’espace entre les entretiens permet aux personnes de se sentir responsables durant cet intervalle. Il indique que « quand on les voit avec un long intervalle de temps, elles sont confrontées à des situations qu’elles sont bien forcées d’affronter elles-mêmes » et elles ont également le temps d’expérimenter de nouvelles stratégies en vue d’un changement. Les personnes continuent à cheminer dans les intervalles, entre les entretiens : elles réfléchissent sur ce qui s’est passé et dit durant l’entretien de médiation, elles font un bilan du passif et de l’actif de leur situation, elles songent à ce qu’elles souhaitent réellement compte-tenu de leur situation et peuvent faire évoluer par elles-mêmes leurs positions. C’est notamment le cas dans la situation VIRELO, où Marie dans le laps de temps entre les entretiens, décide de conserver le bien immobilier.

Cette prise de recul s’effectue aussi par l’intermédiaire des expérimentations de leurs « solutions essais ». Durant cette expérimentation les personnes « vont faire leurs hypothèses, essayer, évaluer les résultats, changer d’attitude, tirer des conclusions et recommencer autrement. C’est bien ainsi qu’elles s’inscrivent dans un processus de changement »[3] L’expérimentation permet l’évaluation concrète de la solution et de mesurer dans les faits si la solution retenue répond à l’intérêt de tous.

Durant le processus, le médiateur facilite non seulement les interactions entre les protagonistes mais aussi, comme j’ai pu le relever lors de différents entretiens et à différentes étapes du processus, le maintien de la relation d’échange et la recherche de consensus. Les accords trouvés dans le cadre de la médiation dans la situation de Françoise et Mickaël sont mis à l’épreuve du fait de différents évènements, notamment extérieurs. Ces évènements sont difficiles à gérer sur le moment et leur conséquence directe est la rupture de communication (Mickaël) et un retour systématique sur les accords trouvés (Françoise). L’intervention du médiateur au cours de ce 6ème entretien a été primordial pour leur permettre de maintenir leurs accords. Ce maintien a pu être possible, à la fois, en écoutant ce qu’ils avaient à se dire ; en revenant sur la progression observée et la reconnaissance des étapes difficiles qu’ils ont eu à dépasser ; en parlant de l’attente des enfants autour de leur communication ; en reposant le cadre et en faisant un rappel des entretiens antérieurs et des engagements respectifs. Même si le médiateur n’a pas comme objectif que la médiation aboutisse à des accords, il facilite cependant la négociation des parties, même si pour cela il doit confronter les parties à leurs discours et engagements.

 

Dans le processus de médiation familiale, le quatrième entretien de l’avis de nombreux médiateurs familiaux est une étape « critique » pour les personnes en médiation.

Il se passe souvent, pour ne pas dire « toujours » quelque chose.

Les personnes en médiation familiale arrivent à une étape où ils reconnaissent leur responsabilité, c’est à dire leur propre engagement dans les faits ou les relations à l’origine de la souffrance de certains d’entre eux, donc des conflits qui en découlent.

Le processus s’arrête, par absence de l’un sans prévenir ni le médiateur, ni l’autre personne, ou il se passe quelque chose d’important dans l’entretien qui peut laisser penser que les accords antérieurs, ou la démarche peuvent être remis en cause.

Cette étape dans le processus de médiation familiale concerne une certaine typologie de couple en médiation. Les modèles désengagés (Justin LEVEQUE) arrivent très rarement à cette étape. Il faut rapidement régler les choses, se voir ne fait pas sens ni pour l’un, ni pour l’autre.

On retrouvera la plupart du temps les couples fusionnels, enchevêtrés qui dans leur construction du couple conjugal répondaient de manière « forte » à un besoin d’appartenance au couple.

Ces familles pour lesquelles se posent la question du 4ème entretien, en termes d’étape ont en commun une histoire « fusionnelle », « passionnelle », qui a laissé dans les périodes de crises des traces importantes en termes de blessures et de souffrance.

Les présences ou absences à l’occasion de cet entretien ont également valeur de messages.

Comme nous l’indique Virginia SATIR : « bien que tous les messages aient en eux des requêtes, celles-ci ne sont pas toujours exprimées verbalement. »

Le médiateur familial doit il chercher à décoder ces messages, surtout quand l’une des personnes ne vient pas en médiation. Certes la personne est libre, responsable, mais elle n’a pas par cette absence respectée une des clauses du contrat de médiation concernant les rendez vous et leur changement ou annulation.

Cette situation peut provoquer chez le médiateur un mécanisme de « crainte », ou d’anticipation qui pourrait remettre en cause d’une certaine manière le principe de neutralité. Neutralité dans le sens, où le médiateur n’a pas d’objectifs pour la médiation familiale, il déroule le processus à partir d’une construction réalisée par les personnes en médiation.

La posture du médiateur prédominée par cette idée « il va se passer quelque chose », peut avoir une fonction inductrice, qui pourrait ressembler à « prévoir le pire on le fabrique ».

Il peut également poser en termes d’anticipation une « prescription » qui va pouvoir rassurer les personnes. La « situation problème » arrive, « normal c’était prévu », la situation n’arrive pas le médiateur s’est trompé « tant mieux ».

-Les personnes ne viennent plus en médiation, souvent sans prévenir ni le médiateur, ni l’autre partie.

-dans « oui y a poin bataille » (expression créole)

-des accords qui ont fonctionné depuis plusieurs semaines, connaissent des revirements qui semblent tout remettre en cause.

-un événement grave vient perturber le processus

-un élément (« bombe à retardement ») ne permet pas à l’une des parties d’être disponible pour cette rencontre.

-les nouveaux conjoints « revendiquent » leur place et leur existence.

-les personnes ne sont pas en mesure de confirmer les accords du fait de la place des nouveaux conjoints.

-le processus demande un engagement, des prises de position que les personnes ne peuvent tenir. Les compétences parentales sont réajustées, et donnent des indicateurs de d’implication qui ne situent pas le 100% de compétences. Les personnes se sentent obligées dans le processus d’aller bien au delà de ce qu’elles peuvent fournir. Le message implicite véhiculé dans le cours du processus, pourrait il laisser entendre une demande d’être « de super-parent » capables dans le conflit, de dialoguer, de maintenir le lien ?

-la révélation, l’authenticité des personnes. Si les personnes pouvaient dans le cadre de la médiation ne pas être authentiques sur les premiers entretiens, le 4ème entretien va, soit permettre une réelle authenticité et à ce moment là, ce qui est dit ou révélé est chargé d’émotions, de sentiments. « Enfin les vrais problèmes, enfin la révélation de tout ce qui empêche !!! On ne peut plus « caché », plus « triché », faire semblant. On peut à cette étape du processus ne plus donner suite à la démarche de médiation. C’est trop difficile.

-le consensus mou……

-la place des enfants : un trouble, un acte fort d’un enfant peut jouer un rôle important dans le déroulement du processus. On parlera de la fonction de ce trouble ou du trouble de la fonction. La fugue d’un enfant a cette étape du processus peut avoir une fonction de renforcement ou de fragilisation.

-le processus de médiation est engagé, tous les points prévus par les personnes ont été abordés, les personnes ont rétabli le dialogue, les points d’accords ont été expérimentés, le 4ème entretien est prévu pour confirmer et éventuellement rédiger les accords. A cet entretien l’un des deux révèle ses sentiments, il veut reprendre la vie commune, il reparle du couple conjugal. Il demande à l’autre de se positionner.

« Eve et Yves acceptent à l’issue du premier entretien dans le cadre d’une injonction, de s’engager dans une démarche de médiation familiale. Les entretiens sont difficiles, ils témoignent d’une grande souffrance pour chacun des adultes, le dialogue et la communication sont difficiles.

L’histoire du couple avant la séparation et pendant la séparation est évoquée à plusieurs reprises.

L’espace que la médiation familiale a offert à ce couple est largement utilisé pour « se dire », pour dire ce qui n’a jamais pu être parlé du temps de la vie commune, ni à l’occasion du départ d’Eve. Pour Yves c’est un réel besoin d’y revenir, il ne comprend pas, et n’accepte pas. Pour Eve la décision de partir est murie depuis plusieurs années. Elle relate à plusieurs reprises des paroles qui sont restées au fil des années gravées dans sa mémoire, et constituent des blessures qui légitiment sa démarche.

Ils trouvent néanmoins des points d’accords, pendant les séances de médiation et en dehors entre les entretiens.

Les enfants soufrent de cette situation, ils en conviennent tous les deux, mais chacun a trouvé la solution du suivi psychothérapeutique pour les enfants, sans concertation, à tel point que les enfants si cela n’avait pu être parlé en médiation auraient pu consulter deux thérapeutes en même temps.

Au 4ème entretien, le médiateur a prévu de faire un travail d’échelle avec le couple parental, sur les changements relationnels depuis le premier entretien.

Il paraissait important de connoter positivement le cheminement de ce couple parental, avec un « méta message » à partir du travail d’échelle.

Yves est tendu, nerveux. Il se passe quelque chose, ou il s’est passé quelque chose avant la séance. Yves nous relate alors le courrier qu’il vient de recevoir de son avocat, qui est en fait un témoignage écrit de son ex belle mère qui devait servir à l’audience du mois de juin 2009. Un écrit de 10 pages qui relatent l’histoire de ce couple, avec beaucoup d’interprétation, de partie pris, bref c’est un témoignage qui ne sert qu’à discréditer Yves en tant que Père des enfants.

Ce courrier arrive en avril 2010. Pour quoi faire ? Les effets sont tels qu’Yves est présent ce jour là en médiation avec un sentiment de colère « énorme ».

Le processus même de médiation est remis en cause. Eve justifie l’envoi de courrier comme une information auquel Yves devait avoir droit. Elle ne comprenait pas que son avocat ne lui ait jamais transmis ce document.

 

 

Plusieurs hypothèses à cette étape du processus :

 

-le processus de médiation amène des changements trop rapides, tout va trop vite. Le sentiment dominant est que la médiation familiale confirme trop tôt la séparation et son acceptation. Les personnes en situation de médiation familiale n’en sont pas au même, niveau, ni au même rythme. Le temps n’est pas le même pour chacun. Pour l’un c’est le « temps d’en finir » « le temps de construire », pour l’autre c’est le « temps de comprendre », « le temps de se dire », « le temps de dire », « le temps de se retrouver » (soi et non l’autre), « le temps de s’adapter », « le temps d’accepter », « le temps de reconstruire », « de se reconstruire »….. Le conflit peut ici être entendu dans une fonction de maintien du lien. Continuer à venir en médiation, c’est pouvoir laisser penser à l’autre que la séparation est acceptée. « Je ne suis pas prêt (e). »

La encore un événement, une période, un document peut ramener le couple dans les blessures liées à leur histoire.

Antoine et Virginie acceptent le principe de la médiation ordonnée par le TGI du secteur, les 3 premiers entretiens confirment leur volonté de rétablir le dialogue et trouver les solutions pour leur enfant. Antoine a eu une relation extra conjugale, il en parle à Virginie et quitte le domicile conjugal en juin 2009. Le divorce sera prononcé en février 2010.

Le 4ème entretien débute sur les compétences qu’ils ont développées à dialoguer en dehors de l’espace de médiation. Rapidement Monsieur montre des signes d’impatience et Madame est tendue. En fait la déclaration de revenu que Virginie refuse de signer est le sujet du conflit. Ce refus est motivé par le fait qu’Antoine refus d’indiquer son changement d’adresse en date du 13 juin 2009 quand il a quitté le domicile. Virginie a besoin qu’Antoine officialise sa « faute », la reconnaisse. La déclaration de revenu vient ici rappeler à Virginie et Antoine que les cicatrices sont encore très sensibles.

-les changements qui s’opèrent arrivent trop tôt dans l’évolution du processus de médiation, et risquent de laisser aux médiés entendre un message implicite qui connoterait négativement les conflits antérieurs au risque de toucher les personnes au niveau de leur image de soi et de leur estime de soi. Ce changement positif a ceci de paradoxal, qu’il n’est pas encore suffisamment validé par les personnes (bénéfices secondaires) pour compenser le faible niveau d’estime de soi qui découle de l’expression des conflits au sein du couple.

Comme en témoigne cet exemple de médiation familiale retranscrit par une médiatrice familiale en formation : »

« Nous étions ce jour au 4ème entretien. Lors du 4ème entretien, le médiateur avait relevé qu’il se passait souvent un événement qui faisait évoluer la situation d’une manière ou d’une autre (parfois de l’ordre d’un blocage). Lors de cet entretien, j’analyse l’état émotionnel de Madame comme une possibilité pour elle d’avoir l’impression d’être perdante dans cette situation. Au début de la médiation elle envisageait « d’obtenir » la résidence principale des enfants et l’accueil des enfants chez le Papa pour le weekend.

Ils ont décidé au bout du second entretien d’expérimenter la résidence alternée. Celle ci est toujours en cours quand ils se présentent pour le 4ème entretien.

A l’occasion d’un échange sur le choix de l’école, Madame évoque l’idée que l’audience chez le juge en septembre déciderait de la suite à donner.

Le médiateur questionne sur la valeur des accords passés et leurs expérimentations et Madame se met à pleurer.

Elle a le sentiment de tout perdre, qu’elle est perçue comme une « menteuse », que le père est gagnant dans leur situation puisqu’il voit ses enfants une semaine sur deux et qu’ils sont scolarisés près de son domicile à lui.

Lors de cet entretien, Madame a peut-être peur que les engagements de Monsieur ne tiennent pas dans le temps, qu’elle se fait avoir et qu’elle est la seule à lâcher prise. Leurs antécédents au niveau du conflit, les avaient tous deux à produire des pièces et des témoignages à l’encontre de l’autre. L’une d’elle consistait à démontrer que Monsieur effectuait tous les transports de l’école au domicile de la mère notamment. Monsieur réitère la possibilité pour lui d’effectuer ces transports pour Madame. Craint-elle que si elle accepte, de nouveau il pourrait y avoir un écrit à son encontre ? Ils ont expérimenté la résidence alternée depuis quelques mois et celle-ci fonctionne. A-t-elle l’impression qu’ils ne pourront pas revenir en arrière ? Qu’elle perd du pouvoir sur la situation ?

 

Le 4ème entretien, témoigne d’un cheminement, d’un engagement, d’un intérêt pour ce qui se passe lors de ces entretiens. Il témoigne de l’avancée du processus, mais certainement aussi de sa fin. Que se passera t-il quand les personnes seront seules face à leur décision ? Ont-elles peur de ne pas pouvoir continuer à avancer par la suite sans ce cadre favorisant un climat d’échange ? »

 

(« Qu’est ce qu’on a été nul »)

 

Ceci n’est pas encore entendable pour les personnes, qui ne peuvent pas se regarder avec cette image, même si l’on sait en tant que médiateur, sauf rare exception qui relève plus de la pathologie, que le conflit est une forme d’expression d’un ou de besoins qui est ou a besoin de s’exprimer. Le conflit est une solution d’adaptation. Le conflit n’est pas le problème.

-le quatrième entretien, marque une évolution dans les relations, des changements sur le mode de communication, des compétences pour échanger des informations. En fait de nombreux éléments qui vont nous obliger à définir une autre manière d’être en relation. Cette nouvelle définition de la relation peut également amener pour chacun des acteurs paradoxalement une étape de fragilisation, de questionnement. Ils sont « dérangés ». La crainte de ce changement peut amener les acteurs ou l’un d’eux à interrompre le processus. Nous sommes là dans une possible résistance au changement lié au processus même de médiation familiale.

-la fréquence des rencontres, la qualité des échanges, amènent également des craintes ou des interrogations chez les nouveaux conjoints. Ils ont des craintes de ce changement, ils n’ont pas intérêt à ce que le dialogue se rétablisse, de peur « de perdre » le conjoint ou de perdre leur rôle et leur place de soutien, d’appui, voire de défenseur. Dans les situations de désaccords et de conflit le rôle du nouveau conjoint est semble t’il plus clair, plus simple, la place qu’il prend est plus facile. Il est l’allié contre…..

Si les « ex » commencent à trop bien s’entendre que va- t’il se passer ?

C’est souvent une étape, également où en fonction de la manière qu’ont les couples de définir la relation, les accords passés en médiation sont systématiquement annulés ou remis en cause par les conjoints « absents », comme si les personnes en médiation n’avaient pas le pouvoir de décider dans l’intérêt de leur enfant en dehors du nouveau conjoint.

Dominique et Valérie sont séparés depuis trois ans. Ils avaient trouvé des accords qui ont fonctionné pendant deux années. Ils sont d’accords tous les deux pour ponctuer sur l’origine des conflits qu’ils définissent depuis l’arrivée des conjoints respectifs.

Les nouveaux conjoints sont parties prenantes dans l’accueil des enfants. Dominique et Valérie craignent pour leur place de parents quand l’enfant ou les enfants sont accueillis chez l’autre.

Le 4ème entretien confirme à la fois le changement dans les relations entre Père et Mère, mais chacun des membres du couple parental parle des tensions à l’intérieur de leur couple depuis le début de la médiation.  L’entretien est chargé, lourd et il faudra plus de deux heures pour décoder ce qui se joue chez chacun des parents en dehors de l’espace de médiation avec leur nouveau conjoint respectif. Pour Valérie, il est possible de remettre en cause la médiation familiale. « si mieux s’entendre, doit remettre en cause mon couple actuel, je préfère arrêter.

Nous décidons d’un prochain rendez avec les conjoints, qu’ils ont tous les deux accepté.

-d’autres acteurs « fantômes » sont également présents pendant les séances, mais surtout réellement présents auprès de chacun en dehors des entretiens de médiation. C’est l’entourage qu’il soit familial ou le réseau d’amis, ceux ci se sentent en « devoir » d’induire le doute, la méfiance, l’impossible.

Le processus de médiation est en cours depuis plusieurs entretiens, le discours par rapport à l’autre change, cet environnement se sent obligé de dire « avec tout ce qu’il ou elle t’a fait endurer, tu crois vraiment que cela peut changer ? Méfie-toi, je t’aurai prévenu. Une autre crainte va envahir la personne en médiation, c’est celle de risquer de perdre cet être « bien pensant » qui a vraiment été un soutien dans les pires moments.

– Le jeu relationnel entre le couple en médiation et le médiateur, se déroule comme une relation « amoureuse ». Le médiateur est investi par chacune des parties, d’un rôle, d’une image qui au fur et à mesure des rencontres va se transformer en « personne qui nous bouscule, qui nous dérange, nous demande indirectement à changer notre manière de communiquer, notre manière de prendre des décisions.

Ce « dérangement » peut amener la rupture du couple en médiation, ou de l’une des parties, ou la rupture prendrait du sens dans la relation avec le médiateur. C’est la rupture de la relation avec le médiateur.

Toujours dans le même sens au niveau de la relation entre le médiateur et les médiés, paradoxalement ce serait la crainte de l’arrêt de la médiation qui amènerait l’arrêt du processus. Le 4ème entretien est souvent, la ponctuation d’expériences validées comme solution à partir des options décidées en médiation.

On serait dans ce qui peut ressembler à un « mécanisme de brisure » que l’on retrouve dans les situations de carences affectives ou les processus abandonniques. Le médiateur a été investi inconsciemment par les personnes ou l’une d’entre elle comme si le processus de médiation n’avait pas été approprié par les médiés, du même coup ils ne peuvent pas reconnaître, ni valider leurs compétences à trouver eux mêmes leurs solutions. Ils attribuent le résultat à la Médiation familiale ou au médiateur

Cette interrogation sur le 4ème entretien permet en fait au médiateur familial, dans le cadre d’une forme de prescription, de permettre aux personnes de s’attendre au « pire », et donc de l’appréhender comme une étape prévue pouvant faire partie de leur évolution. Cette prescription a donc une fonction de dédramatisation et permet dans des conditions plus acceptables la poursuite du processus.

L’autre intérêt c’est dans le déroulement même de l’entretien, à l’annonce des difficultés, la reformulation sur « cela se passe souvent ainsi lors du 4ème entretien », permet une position beaucoup plus détachée en donnant par ce méta message une information qui ne remet pas en cause tout ce qu’ils ont pu faire et expérimenter jusqu’à maintenant.

Dans le cadre de cette étape, nous utilisons ce que nous appelons le travail d’échelle. Cet outil technique est largement utilisé dans le cadre des thérapies « brèves ».

Il s’agit en fait de permettre aux personnes en médiation d’évaluer sur une échelle de 0 à 10 le niveau où ils en sont à cette étape du processus.

Le type d’échelle fréquemment utilisée et l’échelle des relations avec un premier niveau 0 qui est « le pire état des relations que vous ayez connu » et 10 une qualité de relation telle que la médiation sera arrêtée depuis longtemps et qui pourrait nous interroger sur le sens de la séparation. En fait deux extrêmes.

Au 4ème entretien dans les « pires » situations, l’évaluation faite par les personnes n’a jamais été 0. Celle ci se situe bien souvent entre 2 et 5. A quel niveau pensez-vous que la médiation pourrait s’arrêter ? Dans la majorité des cas la réponse est 8.

Les chiffres à eux seuls prennent du sens. Mais le médiateur va chercher à savoir ce que chacun met sous les chiffres.

Ce travail d’échelle est pertinent et prend du sens quand les personnes accordent en priorité une importance à leurs difficultés de communication.

C’est une étape importante, les personnes parlent des changements, ils ont quitté les « pires moments », ils se parlent indirectement en répondant au médiateur des changements qui leur permettent de se situer différemment sur l’échelle. Le fait de se parler de ces changements, ils valident l’un et l’autre, l’un pour l’autre une étape importante dans le processus de médiation. Ils se confirment que ce qu’ils sont en train de faire, leur permet d’être authentiques, responsables, capables à nouveau de réciprocité et d’altérité.

-SUR-promettre et SOUS-fournir ou sous- produire. Le processus de médiation interroge les rôles et les places de chacun. Il induit dans les échanges des messages qui pourraient amener les personnes à se sentir obliger de répondre à des attentes, explicites ou implicites dans le cadre des compétences parentales, alors qu’elles sont justement en difficulté sur ce terrain. Ne pas venir au 4ème entretien, c’est éviter de se retrouver dans une situation à justifier le non respect des accords, et surtout reconnaître qu’elles ne peuvent pas répondre aux attentes par manque de compétences ou de mode d’emploi dans certaines situations. C’est sans doute le champ de la médiation familiale qui est le plus proche de la parentalité.

 

Exemple de Sylvie et Willy.

 

4ème entretien : Sylvie est présente, Willy est absent. Il ne viendra pas, il n’a pas prévenu, ni le médiateur, ni Sylvie qui cependant n’est pas surprise de son absence. Elle cherche à me dire que tous les accords passés lors du dernier entretien à la demande Willy n’ont pas fonctionnés. « Le Papa n’est pas venu chercher l’enfant pour la fête des Pères comme convenu.

« Il demande à sa femme actuelle de prendre en charge son fils. » Pour Willy la médiation familiale a sans doute induit une obligation de compétences qui l’amène à « sur promettre » et du même coup « sous produire ».

Les jeunes parents et la séparation/ la crise liée à la naissance du premier enfant.

« Les couples font les bébés et les bébés font les parents. » AUSLOOS. Les couples disparaissent en cédant la place aux parents. Etre parents c’est difficile.

 

Au quatrième entretien il est important pour le médiateur lors de la synthèse de l’entretien du pouvoir nommer ce qui a été fait, mais surtout de renommer ce qui reste en l’état. Cette démarche redonne aux parents l’état de l’avancée de la médiation, mais il reste encore du chemin à parcourir.

Le risque en ne nommant pas ces derniers points c’est que le couple ne puisse pas estimer le cheminement fait et reprenne dans le cadre du conflit uniquement les points qui n’ont pas encore fait l’objet d’un travail.

 

La confusion des places

 

« Eh bien non ! Petit bonhomme, l’avenir de ton amour pour ta mère n’a rien à voir avec l’histoire du couple que constitue l’homme et la femme en place pour toi de père et de mère. » « Leur divorce ou leur séparation ne rendraient pas davantage ta maman disponible à ton gré : ta mère t’est à jamais interdite en tant que femme. »

 

[1] Annie Babu et Pierrette Bonnoure-Aufière – « Guide de la médiation familiale – Etape par Etape » – Ed Erès 2006 – p 509

[2] Guy Ausloos – la compétence des familles – p 157

[3] Guy Ausloos – La compétence des familles- p 25

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